Dans la tête des gardiens

Kelly Cantin, CS Monteuil

 

Par Martin DesGroseilliers

 

Être gardien, c’est un état d’esprit, un mode vie, la constante recherche de l’amélioration et de la perfection, le désir et la rage de gagner. Comme le disait Hans van Breukelen (ex-international néerlandais), « garder les buts, c’est une sublime tension à vivre ». Mais ceci s’accompagne d’une énorme pression de performance. Afin que cette dernière soit optimale, il y a six éléments à rencontrer : la technique, le physique, la tactique, l’hygiène de vie, le mental et la gestion des émotions. Si l’un d’eux est en panne, la performance va chuter ou le potentiel ne sera pas atteint. Mais l’aspect le plus important au haut niveau est le mental. De loin. De très loin. Certains entraîneurs des gardiens de la Premier League anglaise affirment que leur travail de la semaine consiste en priorité à préparer mentalement leurs gardiens pour le match du week-end, à les mettre dans un état d’esprit favorable à travers des exercices technico-tactiques et physiques qui deviennent quasiment accessoires. Pour Paul Barron (ex-entraîneur des gardiens à Aston Villa, Middlesbrough et Newcastle, entre autres), ceci représentait 95% de son travail. Quatre-vingt-quinze pour-cent à travailler le mental. À cela peuvent s’ajouter des rencontres individuelles, des séances de sophrologie, etc.

Mais revenons à notre Première ligue. Considérant cet aspect inéluctable, comment se préparent mentalement les gardiennes et les gardiens de la PLSQ avant un match? Et comment gère-t-on ses émotions après avoir concédé un (très) mauvais but? Une dizaine de gardiennes et gardiens se sont confiés.

 

Andréanne Dubeau (AS Blainville)

 

« Tout d’abord, avant un match, je fais beaucoup de visualisation en me voyant sur le terrain. Je répète sans cesse les aspects que je dois bien faire, comme par exemple la distribution ou encore la communication avec mes défenseures. Le plus souvent possible, j’essaie d’aller sur un terrain la veille afin de faire face à quelques tirs, question de toucher au ballon. »

« Lorsque je concède un très mauvais but, je me demande aussitôt comment j’aurais pu éviter l’erreur, puis j’essaie le plus vite possible de la mettre derrière moi afin de rester concentrée et de ne pas en faire une autre. »

 

 

Anne Marie Laroche (Dynamo de Québec)

 

 

« Pendant ma préparation au match, j’essaie de visualiser diverses situations : une belle sortie, une bonne relance, un arrêt clé. Comme routine, j’écoute de la musique et je mets toujours un bas gauche à l’envers pour la chance. »

« Je me concentre sur le match et je ne pense pas aux actions qui viennent de se passer, surtout si elles sont mauvaises. C’est après le match qu’on pense à nos erreurs. Je me dis que même les pros encaissent de mauvais buts.»

 

 

Chloé Dion (CS Monteuil)

« Je fais toujours la même routine chaque jour de match. Je ne me réveille pas trop tard, je mange des repas assez légers et je m’hydrate beaucoup. Une fois dans le vestiaire, je m’assois toujours au même endroit. Lorsque je m’habille, je reste focus et je me concentre sur le match. Une fois sur le terrain, j’observe les conditions climatiques (vent, soleil) qui pourraient m’aider ou bien me nuire durant le match, de même que l’état du terrain. J’effectue toujours la même routine d’échauffement. Finalement, avant chaque début de match, je dépose toujours ma bouteille d’eau debout à gauche de mon filet, je saute trois fois puis je tape dans mes mains. »

« Après avoir concédé un mauvais but suite à une erreur, je prends une dizaine de secondes, puis j’ai toujours l’habitude de replacer mes protège-tibias et mes bas pour me concentrer. Ça m’aide à tourner la page et à me ressaisir pour la suite du match. J’essaie toujours de transformer tout type de stress et de négativité en motivation. »

 

Erika Bastien (AS Blainville) 

« Je n’ai pas besoin de prendre énormément de temps afin de me préparer mentalement à mon match. Souvent, un petit moment solitaire à écouter de la musique me suffit amplement. Tout le reste de ma préparation mentale et physique se poursuit durant l’échauffement. Je prends le temps de me concentrer et de rentrer dans ma bulle. Je ne suis pas très superstitieuse. Hormis mon échauffement, qui est pratiquement toujours identique, je n’ai donc pas vraiment de rituel. »

« Sur un terrain, je suis une personne très intense et je transmets mes émotions à travers mon jeu. Lorsque je concède un très mauvais but, par exemple, je démontre assez clairement comment je me sens à mes coéquipières… Par la suite, toute cette frustration, je la prends pour me concentrer encore plus et m’amener à une meilleure performance. Mon objectif est toujours de ne plus en laisser passer et de regarder vers l’avant car si on ne peut pas changer le passé, on peut influencer le futur.  »

 

Gabard Fénelon (CS Mont-Royal Outremont), ex-international haïtien avec près de 50 sélections

« Au fil de mes 15 dernières années d’expérience sur le terrain, je réalise que la préparation d’un match pour un gardien n’est nul autre qu’un état d’esprit et de passion. Cela commence par de bonnes attitudes tout au long de la semaine précédant le match, à savoir : une concentration maximale à l’entraînement et une bonne hygiène de vie (heures de sommeil et de repos, alimentation saine, etc.). Le jour du match, j’effectue une routine : des repas habituels et surtout non improvisés afin d’éviter des ennuis  avant ou pendant le match, du repos et de la méditation. Finalement, l’échauffement avant le match est l’une des choses les plus culminantes de la préparation du gardien qui représente à peu près 75% de sa performance. À travers l’échauffement, le gardien bâtit  sa confiance en répétant des gestes techniques simples. Il doit également retrouver le confort  de ses gants de match et de ses chaussures de foot. »

 « Personne n’est à l’abri d’une erreur, c’est inévitable. Après, c’est la réaction comportementale adoptée qui est cruciale. Il faut garder son calme, reprendre confiance en soi et se remettre dans un bon état d’esprit pour la prochaine action afin d’éviter un décrochage. »

 

Gabrielle Cossette (FC Sélect Rive-Sud) 

« Je médite aux actions que j’aurai à faire et visualise comment je vais les exécuter afin de bien les réussir. Écouter de la musique m’aide à me concentrer. La période la plus importante pour moi avant un match est l’échauffement. C’est à ce moment que je me mets dans mon match et que je vois si ça va être un bon match de ma part. »

 « Je suis quelqu’un qui gère assez bien ses émotions. La majorité du temps, je les garde en dedans de moi. Après avoir concédé un but, je vais toujours prendre une petite gorgée d’eau. Ça me permet de prendre une grande inspiration, de calmer ma frustration et de me reconcentrer sur les prochaines actions. »

 

Kelly Cantin (CS Monteuil)

 

« J’écoute de la musique et je me donne des objectifs, mental, technique et tactique. »

« Je ne me laisse pas emporter par les émotions du match, je reste focus sur mes objectifs, sur les facteurs que je peux contrôler ainsi que sur le positif des choses. Après avoir concédé un mauvais but, je me concentre sur la prochaine tâche et j’évacue ma colère d’une façon ou d’une autre. »

 

 

 

Kelly Chiavaro (AS Blainville) 

« Avant de me coucher la veille d’un match, je visualise des situations de jeu et des arrêts que je pourrais potentiellement faire. Le jour du match, je m’assure de bien manger, d’être hydratée et d’avoir bien dormi. Ma routine avant le match est assez simple : j’aime bien me reposer pendant la journée et j’écoute souvent la même musique. »

« Je tente de rester concentrée sur l’action présente. Je me répète souvent « une minute à la fois » pour ne pas trop m’exciter suite à une belle action ou pour ne pas rester prise dans des émotions négatives suite à une erreur. Après avoir concédé un mauvais but suite à une erreur, je pense à ce que j’aurais dû faire de mieux et ensuite je mets l’erreur de côté, puis je me concentre sur la prochaine action. Je préfère oublier l’erreur, rester dans le match mentalement et réviser mes erreurs à la fin du match pour m’assurer de rester concentrée et prête à performer. »

 

Mélissa Dagenais (FC Sélect Rive-Sud) 

 

« La veille du match, je m’assure de manger santé, de prendre le plus de sommeil possible et d’ajuster mon intensité à l’entraînement. Le jour du match, je me garde active et j’évite la télévision et les études afin de rester alerte. Je me concentre sur les pensées positives. Je commence ma préparation mentale deux à trois heures avant le match. J’écoute toujours de la musique qui me motive. »

 « Après avoir concédé un mauvais but, je me laisse quelques instants pour y penser et quand l’arbitre siffle la reprise du jeu, je me remets dans le moment présent et je me concentre à nouveau pour m’assurer que cette erreur ne se reproduise pas. »

 

 

Philippe Blouin (Dynamo de Québec)

« Pour bien me préparer, j’essaie toujours d’avoir au moins huit heures de sommeil durant la nuit qui précède le match. Je mange très souvent le même repas trois heures avant le match. Je rentre ensuite dans ma bulle et j’écoute de la musique pour bien me concentrer. Lorsque nous jouons à Montréal, je fais toujours une petite sieste dans l’autobus pour me détendre. J’ai évidemment quelques superstitions qui ne manquent jamais à ma préparation d’avant-match. Par exemple, j’attache toujours mon soulier gauche avant le droit et mon gant gauche avant le droit. Je prends toujours aussi la peine d’attendre d’être rendu sur le terrain pour attacher mes souliers. Puis lorsque j’effectue un bon échauffement, cela me permet de bien rentrer dans le match tout en étant confiant. »

 « Je n’ai pas réellement de secret pour garder mon calme durant un match. Il suffit simplement d’avoir confiance en soi et en ses capacités pour bien contrôler ses émotions. Encaisser un mauvais but, c’est l’un des pires scénarios à vivre en tant que gardien. Lorsque ça arrive, j’essaie juste de passer à autre chose et de me concentrer à réaliser un arrêt simple ou important qui me permettra de faire oublier ma bourde. »

 

Tristan Crampton (FC Gatineau)

« Durant la semaine, on retrouve les entraînements, le boulot, l’école, la famille, les amis et toutes les autres activités, mais dans ma tête, tout ce qui importe c’est le match du week-end. Ma semaine tourne autour de ce match. Je le prépare depuis le dernier sifflet du match précédent. Il faut être prêt mentalement quand on est un gardien de but car la différence entre un bon gardien et un excellent gardien se trouve souvent dans le mental. Pour être prêt, je m’imagine différentes situations de jeu que j’anticipe, je m’assure d’avoir une bonne nuit de sommeil, un bon repas nutritif et léger, de même qu’un esprit clair et concentré. »

 « En match, il arrive fréquemment d’éprouver de la colère, de la frustration, de l’euphorie aussi, autant d’émotions qui nous envahissent et altèrent momentanément notre jugement. Ce n’est pas toujours évident, mais avec un poste aussi important, il faut tout de même rester calme et concentré. Après une erreur, il faut l’accepter et l’oublier rapidement afin  de passer à autre chose et se concentrer sur la prochaine action. Si tu baisses les bras, ça ne peut que s’empirer. »

 

En effet, déjà prendre un mauvais but est une épreuve très difficile à surmonter pour certains, alors si en plus on s’y acharne et que la concentration sur le moment présent n’est pas optimale lors de l’action suivante, cette dernière, aussi simple soit-elle, peut avoir un dénouement fatal. Et là, se sortir de ce carcan et se remettre dans le match après deux erreurs devient une opération très périlleuse, et les choses peuvent rapidement s’empirer. Il faut donc irrémédiablement trouver la force d’oublier l’erreur quasi instantanément. Pour s’aider, le gardien peut effectuer une routine (de très courte durée), que ce soit un geste, une parole prononcée, ou une combinaison des deux – comme lorsque Chloé Dion replace ses protège-tibias et ses bas – et aussitôt cette dernière effectuée, l’erreur est effacée de son esprit et le gardien se ressaisit et poursuit son match, sereinement.

Commettre une erreur, c’est le cauchemar de tout gardien. Meilleure est la préparation (au sens large : les séances d’entraînement durant la semaine, l’hygiène de vie, la préparation mentale, l’échauffement, etc.), meilleures sont les chances de ne pas en commettre, ou du moins de les limiter à long terme – car il est impensable d’entamer un match et penser bien performer sans préparation adéquate. Peu importe sa durée, peu importe son contenu, cette préparation, et en particulier l’échauffement avant le match, est nécessaire et doit être obligatoirement personnalisée, planifiée et réfléchie selon les besoins et les préférences du gardien.

 

Les opinions des chroniqueurs ne reflètent pas nécessairement celles de la PLSQ et de la FSQ.